Les zones humides, véritables interfaces entre terre et eau, jouent un rôle fondamental dans le maintien des grands équilibres écologiques. L’article L211-1 du Code de l’environnement dispose qu’elles sont des « terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année ».
Ces dernières sont reconnues pour couvrir un grand nombre de services écosystémiques. Les zones humides comportent plusieurs intérêts, d’abord quant à la ressource en eau, ce qui permet la filtration de l’eau notamment en phosphore et en azote (effet auto-épurateur) et aussi cela limite les variations (rétention en période d’inondation et préservation de la ressource en eau en période de sécheresse). De plus, elles ont un enjeu biologique grâce à leur capacité à limiter l’érosion des sols et à contenir de nombreuses espèces ; elles contiennent 30 % des espèces rares ou menacées, 100% des amphibiens, 50% des oiseaux et 30% des espèces végétales remarquables (Ministère de la Transition écologique, 2021). Les zones humides ont un impact sur le climat en étant une source de stockage de carbone. Enfin, elles sont stratégiques puisqu’elles comportent (surtout en tant que prairie) un intérêt socio-économique et permettent de produire certaines ressources naturelles directement comme du foin ou du bois, et indirectement comme des produits laitiers, du poisson et de la viande (Office français de la biodiversité [OFB], s.d.).
Bien qu’étant essentielles pour couvrir la plupart des services écosystémiques, on sait grâce à l’Office français de la biodiversité qu’aujourd’hui 87 % des zones humides ont disparu entre le XVIIIe et le XXe siècle. C’est pour cela que depuis 1992, elles sont protégées par le Code de l’environnement. Pour les définir, on utilise plusieurs facteurs pédologiques et biologiques.
Il est pertinent d’utiliser la présence de certaines variétés de plantes se développant surtout dans les milieux humides pour évaluer au mieux les caractéristiques du milieu. De par l’immobilité de ces plantes, cet indicateur facile à évaluer peut également être utilisé pour des zones humides qui ne sont pas gorgées d’eau tout au long de l’année.
L’objectif de l’étude de terrain réalisée le 5 mai 2025 avait pour but d’identifier si la prairie étudiée comporte les caractéristiques de la définition d’une zone humide ou non. Dans le cadre de ce rapport, nous allons nous concentrer sur les plantes indicatrices de zones humides inscrites dans l’arrêté interministériel du 24 juin 2008 (Le Bail et al., 2009, p. 1).
Notre zone d’étude (cf. Figure 1) est une prairie de 1,3 ha du parc des Garennes située entre les villes de Juigné-sur-Loire et Saint-Almand, dans l’Anjou. Le site est localisé à 1,3 km au sud de la Loire et est bordé à l’est par un de ses affluents. La zone est entourée de haies arborées au sud et à l’est et d’un bois au nord et à l’ouest. Lors des prélèvements, l’entièreté de la prairie présentait une strate herbacée à l’exception d’un arbre présent au nord-est. La zone est considérée comme un espace naturel sensible (ENS) dans la catégorie “Pelouses et Landes sèches” (Conseil départemental de Maine-et-Loire, s. d.). La prairie fait également partie du parc Natura 2000 de “La Vallée de la Loire des Ponts-de-Cé à Montsoreau et Vallée du Thouet” qui participe à la réduction de l’impact de l’activité conventionnelle de l’agriculture dans la zone et à la protection des espèces menacées (Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, s.d.). La prairie ne fait cependant pas partie des Zones Naturelles d’Intérêt Écologique (ZNIEFF) du parc des Garennes.
Figure 1 : cartographie des quadrat
réalisée sur la zone sur les 5 transects. source: Qgis- Registre
Parcellaire Graphique - v3-3 - 2021
Pour étudier l’ensemble de la parcelle, il a été décidé de réaliser un échantillonnage de quadrats de 2m x 2m tous les 10 à 15 mètres le long de 5 transects parallèles du sud au nord-est de la zone (cf. Figure 1). Les transects aux bords des parcelles sont moins parallèles car il a été décidé qu’ils suivraient les bordures ouest et est de la prairie. L’échantillonnage est appuyé par une présélection de 27 variétés étudiées dans la zone lors d’une étude antérieure en 2024 (cf. Annexe 1), en plus de quelques variétés ajoutées le jour de l’étude lors d’observations.
Pour chacun des 61 quadrats étudiés a été associée la liste des espèces trouvées et leurs coefficients d’abondance/présence selon la méthode d’Ellenberg qui associe un taux de recouvrement à un chiffre allant de 1 à 5 (cf. Tableau 1). Ces données regroupées dans plusieurs tableurs ont été analysées via R, Excel et QGIS pour les résultats dans la partie ci-dessous.
Tableau 1 : Tableau du rapport entre recouvrement des espèces végétales et coefficient d’Ellenberg (Hill, 1999, p. X)
| Coefficients | Recouvrement |
| 5 | 75 à 100 % |
| 4 | 50 à 75 % |
| 3 | 25 à 50 % |
| 2b | 12,5 à 25% |
| 2a | 5 à 12,5% |
| 1 | 1 à 5% |
| + | < 1% et + de 2 individus |
| r | < 1% et 1 à 2 individus |
En calculant l’indice moyen d’humidité d’Ellenberg pondéré par le coefficient d’abondance/recouvrement sur tous les quadrats (cf. Figure 3), on observe que l’hypothèse stipulant que le gradient d’humidité allait augmenter progressivement en progressant vers le nord de la parcelle est partiellement fausse. On retrouve plutôt deux points humides dans la parcelle. Le premier au niveau du 8ème quadrat de chaque transect.
Figure 2 : cartographie des quadrat réalisée sur la zone sur les 5 transects. source: Qgis- Registre Parcellaire Graphique - v3-3 - 2021
Figure 3 : Graphique de l’évolution du coefficient moyen pondéré d’Ellenberg en fonction de la distance au premier point du transect n°4 source: données terrains
## `geom_smooth()` using formula = 'y ~ x'
Le transect n°4 suit une trajectoire environ linéaire de 160m du sud-ouest au nord-est de la parcelle. Il couvre 12 quadrats, répartie de manière hétérogène avec une plus grande consentration de points au début du transect (effet existant mais possiblement exagéré par des impressisions géographiques). Il se situe entre les transects n°3 et n°5. Si on le compare aux transects adjacents, les quadrat de même latitude sont plus ou autant humides exeptés pour les quadrats 5,6 et 7 qui semble au centre d’une zone un peu plus sec. Le transect est constitué d’une strate herbacée d’en moyenne 1m de hauteur. Au nord elle contourne le seule arbre intérieure de la prairie.Il est dominé par les individus des espèces Poacées Alopecurus pratensis, Holcus lanatus et Poa trivialis dans sa partie sud (quadrat n°1 à 7), Urtica dioica, Rumex acetosa et Symphytum officinale dans sa partie médiane (quadrat n°6 à 10) et Mentha aquatica, Galium palustre et Iris pseudacorus dans sa partie nord (quadrat n°10 à 12).
L’évolution de l’humidité de la prairie a un impact sur les variétés des plantes que l’on observe sur les différents quadrats du transect. Par exemple, la proportion de la plupart des graminées évolue de manière inversement proportionnelle à celle du gradient d’humidité (cf. Figure 4). Exception notable du faux roseau Phalaris arundinacea qui est une espèce hygrophile, conduisant au maintien des graminées dans les quadrats à hauteur de 20% même dans les quadrats des zones les plus humides (cf. Figure 5).
Figure 4 : Graphique de l’évoluton des espèces végétales évoluant de manière inversement proportionnelle au gradiant d’humidité.
Figure 5 : Graphique de l’évoluton de la totale de la surface des différents quadrats utilisées par les graminés.
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En nous focalisant sur le vulpin des prés Alopecurus pratensis, on observe sur la parcelle qu’il n’est présent que sur la moitié sud de la parcelle (c.f. Figure 6). Le vulpin des prés est une variété mésophyle qui se développe surtout dans les plantes avec un indice moyen d’humidité d’Ellenberg de 5 ou moins. On peut également constater que la rigole à l’est de la zone n’a pas d’impact sur l’abondance des vulpins des prés. Les vulpins n’ont pas non plus l’air de beaucoup proliférer sur la frontière ouest de la parcelle. On peut supposer que c’est lié à la présence d’arbre.
Figure 6 : Cartographie de
l’abondance/présence d’Alopecurus Aplentis dans les différents quadrat
de la zone étudiée. source: Qgis- Registre Parcellaire Graphique - v3-3
- 2021
Il existe aussi des variétés qui, à l’inverse du vulpin des prés, prolifèrent particulièrement dans des terrains plus humides (c.f. Figure 7). Cette affinité au milieu aquatique varie en fonction des variétés. Par exemple, Mentha aquatica est présente dans des quadrats avec un indice moyen d’humidité d’Ellenberg supérieur à 8. Il est plus interessant de focaliser l’analyse d’une espèce hydrophyle moins stricte: Gaillet des marais Galium palustre. Si on observe quelques individus de Gaillet des marais Galium palustre dans la partie plus sec de la parcelle, il prolifère surtout dans la partie médiane de la parcelle ou l’espèce représente plus de 1/8eme des surfaces des quadrats. On ne retrouve pas la variété sur les bords de la parcelle (c.f. Figure 8). Cela peut être du au fait que les individus se développent mal sous une strate arborée. C’est peut-être cette raison est la principale cause de la diminution de leur surface de quadrats en fin de zone tambien même il a un indice d’humidité d’Ellenberg plus élevé que Mentha aquatica.
Figure 7 : Graphique de l’évoluton des espèces végétales évoluant proportionnellement au gradiant d’humidité.
Figure 8 : Cartographie de l’abondance/présence d’Alopecurus Aplentis dans les différents quadrat de la zone étudiée. source: Qgis- Registre Parcellaire Graphique - v3-3 - 2021
Selon l’article L. 211-1 du code de l’environnement, pour qu’une zone soit considérée comme hygrophile, il faut que la somme de la surface occupée par les plantes hygrophiles dépasse 50%. On peut donc considérer la prairie comme zone humide (cf. Figure 9).
Le calcul de l’indice d’humidité de Ellenberg montre une hétérogénéité spatiale de l’humidité au sein de la prairie. On suit un gradient d’humidité évoluant positivement du sud-ouest au nord-est perturbée par une zone plus humide au centre-nord de la zone. La présence d’espèces indicatrices de zones humides, telles que Galium palustre et Mentha aquatica, dans les quadrats les plus humides (indice d’Ellenberg ≥ 8) confirme que certaines parties de la prairie répondent aux critères biologiques définis par l’arrêté du 24 juin 2008 pour caractériser une zone humide. Cependant, l’hétérogéinité de la zone peut rendre après analyse plus poussée la partie sudde la parcelle comme inapte au titre de zone humide.
Il y a cependant plusieurs facteurs qui viennent limiter les raisonnements. Par exemple, l’absence d’un meilleur quadrillage qui laisse certaines parties de la prairie, comme à l’est du transect n°1, vides d’observations. Ce qui pourrait rendre invisibles certaines variations locales. De plus, la méthode des indices d’Ellenberg ne prend pas en compte des interactions interspécifiques qui, par exemple, pourraient être à l’origine de l’absence d’individus de Galium palustre dans la zone humide septentrionale de la prairie.
Des tests pédologiques et hydrologiques complémentaires seraient intéressants pour confirmer les résultats observés lors de l’étude de terrain.
| Nom_scientifique | Nom_vernaculaire | Famille |
|---|---|---|
| Alopecurus pratensis | Vulpin des prés | POACEAE |
| Arrhenatherum elatius | Fromental élevé | POACEAE |
| Dactylis glomerata | Dactyle aggloméré | POACEAE |
| Arrhenatum eliatius | Fromental élevé | POACEAE |
| Holcus lanatus | Houlque laineuse | POACEAE |
| Poa palustris | Pâturin des marais | POACEAE |
| Poa Trivalis | Pâturin commun | POACEAE |
| Carex sp. | N.A | CYPERACEAE |
| Convolvulus arvensis | Liseron des champs | CONVOLVULACEAE |
| Epilobium sp. | Épilobe | ONAGRACEAE |
| Gallium aparine | Gaillet gratteron | RUBIACEAE |
| Gallium palustre | Gaillet des marais | RUBIACEAE |
| Iris pseudacorus | Iris des marais | IRIDACEAE |
| Juncus sp. | N.A | JUNCACEAE |
| Lychnis flos-cuculi | Silène fleur de coucou | CARYOPHYLLACEAE |
| Lycopus europaeus | Lycope d’Europe / Chanvre d’eau | LAMIACEAE |
| Mentha aquatica | Menthe aquatique | LAMIACEAE |
| Myosotis scorpioides | Myosotis des marais | BORAGINACEAE |
| Oenanthe crocata | Oenanthe safranée | APIACEAE |
| Oenanthe silaifolia | Oenanthe à feuilles de silaïs | APIACEAE |
| Persicaria hydropiper | Persicaire poivre d’eau | POLYGONACEAE |
| Ranunculus acris | Renoncule âcre | RANUNCULACEAE |
| Ranunculus flammula | Renoncule flamette | RANUNCULACEAE |
| Rumex conglomeratus | Oseille agglomérée | POLYGONACEAE |
| stellaria graminéa | Stellaire graminée | CARYOPHYLLACEAE |
| Symphytum officinale | Consoude officinale | BORAGINACEAE |
| Trifolium pratense | Trèfle violet / Trèfle commun | FABACEAE |
Annexe 2: Code Rmarkdown servant à coder la figure 9
data_long <- st_read(“C:/Users/lucie/Documents/Travail/IL3/APIE/Rapport_Gradient_floristique/donnes_scripts_2025/donne_analyse/releve_long.gpkg”, quiet = TRUE) points_gps <- read_csv2(“C:/Users/lucie/Documents/Travail/IL3/APIE/Rapport_Gradient_floristique/donnes_scripts_2025/donnee_brute/pts_gps_flore_2025.csv”)data_long <- data_long %>% janitor::clean_names() points_gps <- points_gps %>% janitor::clean_names()
especes_annexe <- c(“Alopecurus.pratensis”, “Arrhenatherum.elatius”, “Holcus.lanatus”,“Phalaris.arundinacea”, “Poa palustris”, “Poa trivialis”,“Carex.sp.”,“Convolvulus.arvensis”, “Galium.aparine”,“Galium.palustre”,“Iris.pseudacorus”, “Juncus.sp.”, “Lycopus.europaeus”, “Mentha.aquatica”, “Myosotis.scorpioides”, “Oenanthe.silaifolia”, “Ranunculus.acris”, “Ranunculus.flammula”, “Rumex.conglomeratus”, “Stellaria.graminea”, “Symphytum.officinale”, “Urtica.dioica”, “Thalitrum.flavum”, “Rumex.acetosa”, “Rumex.crispus”, “Lathyrus.pratensis”, “Geranium.dissectum”, “Fritillaria.meleagris”, “Cirsium.vulgare”) data_annexe <- data_long %>% filter(espece %in% especes_annexe) abondance_milieu <- c(“R” = 0.5, “+” = 1, “1” = 3, “2A” = 8.75, “2B” = 18.75, “3” = 37.5, “4” = 62.5, “5” = 87.5) data_annexe <- data_annexe %>% mutate(coef_a_r = abondance_milieu[coef_a_r]) pourcentage_abondance <- data_annexe %>% group_by(espece) %>% summarise(abondance_totale = sum(coef_a_r, na.rm = TRUE)) %>% mutate(pourcentage = (abondance_totale / sum(abondance_totale)) 100) ggplot(pourcentage_abondance, aes(x = reorder(espece, -pourcentage), y = pourcentage, fill = espece)) + geom_bar(stat = “identity”) + coord_flip() + labs(title = “Figure 9: Pourcentage d’abondance-recouvrement des espèces de l’annexe (2008))”, x = “Espèce”, y = “Pourcentage d’abondance (%)”) + theme_minimal() + theme(legend.position = “none”)
Conseil départemental de Maine-et-Loire. (s. d.). Carte des Espaces Naturels Sensibles (ENS). Maine-et-Loire.fr. https://www.maine-et-loire.fr/aides-et-services/environnement-et-amenagement/carte-ens. Consulté le 09/05/2025.
Hill, M. (1999). Ecological Factors controlling biodiversity in the British countryside (Report No. CR0175). Institute of Terrestrial Ecology.
Le Bail, J., Thomassin, G., & Lacroix, P. (2009). Guide d’aide à la reconnaissance de certaines plantes indicatrices de zones humides en Pays de la Loire : Recueil de 51 fiches. Préfecture de la région Pays de la Loire, Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.
Ministère de la Transition écologique. (2021). Les zones humides en France : Synthèse des connaissances en 2021. https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/les-zones-humides-en-france-synthese-des-connaissances-en-2021. Consulté le 09/05/2025.
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Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine. (s.d.). *Natura 2000 : Vallée de la Loire des Ponts-de-Cé à Montsoreau.* https://www.parc-loire-anjou-touraine.fr/les-services/services-aux-collectivites/biodiversite-paysages/natura-2000/vallee-de-la-loire-des. Consulté le 09/05/2025.